Le défi de la nouvelle génération de chorégraphes en Afrique est de sortir des stéréotypes exotiques et folkloriques qui, pendant de nombreuses années, ont fait de la création du continent noir une expression limitée à la tradition. Salia Sanou et Seydou Boro font partie de ce nouveau courant qui défend et revendique une créativité à la fois forte et originale. De formations multidisciplinaires, initiés aux jeux du théâtre, du cinéma, de la danse et de la musique, ils expérimentent tout d’abord les voies de l’interprétation. En 1993 leur collaboration avec Mathilde Monnier leur ouvre les voies d’un nouveau champ de création. Cette " porte ouverte ", Salia Sanou et Seydou Boro la franchissent pour vivre l’expérience de cultures artistiques différentes. Un an plus tard, ils produisent leur première pièce, un duo à mi-chemin entre la tradition africaine et la modernité gestuelle. C’est “Le Siècle des Fous”, un regard chorégraphique sur l’être, dans ses envies, ses contradictions, ses régressions d’homme du siècle.
Le spectacle recevra, en 1994, le premier prix national du concours international de danse contemporaine (Afrique en création). Ils découvrent alors, en même temps qu’un public ébahi, le succès d’une pièce qui porte en elle les germes de leur création en devenir. Ils fondent au Burkina Faso la compagnie salia nï seydou en 1997 et créent “Figninto, l’œil troué”, « sollcitation émue vers l’incertain », réflexion dansée interrogeant l’homme moderne, sa cécité, son absence aux autres. En 1999, c’est “Taagala, le voyageur”, une pièce pour trois danseurs, une danseuse et deux musiciens, qui sera présentée au Festival de Montpellier Danse puis, en 2002, “Weeleni, l’appel” en collaboration avec le jeune chorégraphe Ousséni Sako, une pièce pour trois danseurs et quatre musiciens originaires du Burkina Faso et du Maroc – chorégraphie hors-frontières où se rencontrent mélodies mandingues et percussions marocaines. Seydou Boro revient seul en 2004 avec "C’est à dire..." une performance de texte, danse et musique où l’homme questionne sa relation à la danse, à la création, à la politique avec humour et gravité, sensibilité et émotion – un solo sans filet.
Le tandem se reforme en 2006 pour "Un Pas de Côté" avec le percussionniste Jean-Pierre Drouet et quatre musiciens de l’ensemble instrumental Ars Nova, qui coproduit cette création présentée à la Biennale de la Danse de Lyon. Enfin au Festival Montpellier Danse 2008, les deux chorégraphes présentent "Poussières de sang", pour sept danseurs, une chanteuse et quatre musiciens, exposé cru et implacable des violences humaines et rencontre émue entre corps et peinture, geste et son en écho aux troubles qui agitent le monde, le proche et le lointain. La compagnie a depuis douze ans voyagé dans plus de 40 pays pour présenter ses créations dans des lieux tels que le BAM Harvey à New York, le Festival de Melbourne en Australie, le Théâtre de la Ville à Paris, le Festival de Montpellier Danse, le New National Theater de Tokyo au Japon, le Tanzwochen de Vienne en Autriche, et plus récemment l’Israel Festival de Jérusalem et le festival DanceInversion du Théâtre musical Stanislavski de Moscou.
En 2005, la compagnie s’associe en résidence à la Passerelle - scène nationale de Saint-Brieuc et vient ainsi partager son savoir et son désir d’ouverture et d’échanges de pratiques artistiques sur un territoire riche de tradition chorégraphique et musicale. En novembre 2008, la compagnie a débuté également une résidence de créations recherche et actions artistiques au Centre national de la danse – Pantin, pour trois ans. Quinze ans après leur première création, Salia Sanou et Seydou Boro ont su imposer sur la scène internationale une écriture contemporaine, singulière et profonde, une danse créative plus attachée au sens et à l’émotion qu’à l’esthétique pure. Parallèlement, les deux chorégraphes oeuvrent inlassablement à la formation professionnelle des danseurs en Afrique et à l’émergence de moyens de création pour les artistes.
Après la création du festival Dialogues de Corps à Ouagadougou en 2001, qui propose tous les deux ans en décembre des formations et des rencontres professionnelles autour d’une programmation internationale de danse, Salia Sanou et Seydou Boro ont inauguré en décembre 2006 à Ouagadougou la Termitière, premier Centre de Développement Chorégraphique d’Afrique, dédié à la création et à la formation et dont ils sont les directeurs artistiques. Ce projet d’envergure internationale qu’ils ont porté huit ans avant qu’il voit le jour, est financé conjointement par l’Ambassade de France à Ouagadougou, le Ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme du Burkina Faso, et la Mairie de Ouagadougou. Pour leurs créations et leur travail de formation chorégraphique en France et dans le monde, Salia Sanou et Seydou Boro ont été nommés Officiers des Arts et des Lettres par le Ministère de la Culture français en 2008, et ont reçu en février 2007 le trophée Culturesfrance des Créateurs. Ils ont été également élus Artistes de l’année 2003 par l’Organisation Internationale de la Francophonie.