Nicolas
Girardin production/diffusion de 2001 à 2004 |
Le
défi de la nouvelle génération de chorégraphes en Afrique est de sortir des stéréotypes
exotiques et folkloriques qui, pendant de nombreuses années, ont fait de la création
du continent noir une expression limitée à la tradition. Salia Sanou et Seydou
Boro font partie de ce nouveau courant qui défend et revendique une créativité
à la fois forte et originale. De formation multidisciplinaire, initiés aux
jeux du théâtre, du cinéma, de la danse et de la musique, ils expérimentent tout
d'abord les voies de l'interprétation. En 1993 leur collaboration avec Mathilde
Monnier leur ouvre les voies d'un nouveau champ de création. Cette "porte
ouverte", Salia Sanou et Seydou Boro la franchissent pour vivre l'expérience de
cultures artistiques différentes. Un an après, ils fondent au Burkina Faso
la compagnie Salia nï Seydou et produisent leur première pièce, un duo
à mi-chemin entre la tradition africaine et la modernité gestuelle. C'est "Le
siècle des fous", premier prix national du Concours International de Danse
Contemporaine (Afrique en Création) en 1994. Ils découvrent alors, en même temps
qu'un public ébahi, le succès d'une pièce qui porte en elle les germes de leur
création en devenir. Ils se confrontent aussi aux dures réalités des programmations
européennes, de l'administration de production et des tournées internationales…
Mais la complicité des deux chorégraphes ressort enrichie, et leur création mûrie,
forte et riche de nouveaux projets. En 1997, ils montent "Figninto, l'œil
troué", une pièce pour trois danseurs et deux musiciens, chorégraphiée
par Seydou Boro assisté de Salia Sanou. En 1999, c'est "Taagalà, le voyageur",
une pièce pour trois danseurs, une danseuse et deux musiciens, chorégraphiée par
Salia Sanou assisté de Seydou Boro, qui sera présenté au Festival de Montpellier
Danse, comme témoignage d'une nouvelle création artistique africaine. En 2002,
ils signent leur quatrième création, en collaboration avec le jeune chorégraphe
Ousséni Sako, une pièce pour trois danseurs et quatre musiciens originaires du
Burkina Faso et du Maroc, "Weeleni, l'appel". Enfin Seydou Boro
revient seul en 2004 avec "C'est à dire..." une performance de texte,
danse et musique. Onze ans après leur première création, Salia Sanou et Seydou
Boro ont su imposer sur la scène internationale une écriture contemporaine, singulière
et profonde, une danse créative plus attachée au sens et à l'émotion qu'à l'esthétique
pure. Pour leur travail chorégraphique en France, en Afrique et ailleurs dans
le monde, Salia Sanou et Seydou Boro reçoivent en juillet 2002 du gouvernement
français la décoration du Mérite des Art et des Lettres . |
| Ousmane
Boundaoné Administrateur de 2001 à 2003 |
En
février 1993, Salia et Seydou se retrouvent aux côtés de Mathilde Monnier en France,
pour participer à la création du spectacle Pour Antigone. Ils sont
burkinabés tous deux et tous deux habitent Ouagadougou. Ils se rencontrent très
souvent dans les mêmes quartiers et pourtant, c'est en France qu'ils apprendront
à mieux se connaître et que naîtra cette complicité entre eux. Leur parcours artistique
personnel se recoupe de façon significative en plusieurs points dont les plus
frappants sont la danse et le théâtre. Deux genres qui s'imbriquent
l'un dans l'autre, se fusionnent dans leur travail de façon heureuse. Forts
de cette double expérience, ils se sentent investis, interpellés par une mission
- psychose séculaire de l'artiste africain obligé de donner un sens social à son
acte de création ? - qui les tiraille. La danse africaine n'est plus ce qu'elle
était ou plutôt est restée comme elle a toujours été. Les mêmes pas. Les mêmes
musiques qui les soutiennent. Les mêmes significations de leurs émergences...Alors
que des villes sont nées ou sont devenues "modernes", les moyens de communication
qui se sont développés ont bouleversé et remis en cause des croyances sacro-saintes.
Et pendant que d'autres arts, à l'instar de la musique, s'en sont abreuvés pour
offrir au monde le discours de l'Afrique sur l'interculturalité, la danse, elle,
en reste au "martèlement du sol". Sans ouverture, sans développement d'un langage
personnel, elle n'en demeure pas moins le creuset où les "autres" viennent se
ressourcer sans cesse. Au moment où ces questionnements s'imposent à Salia
Sanou et Seydou Boro comme des passages obligés et irréversibles, et que des réponses
doivent être trouvées, des tentatives sont initiées çà et là. Délaisser la palabre
pour agir, car la danse est d'abord action. Pour les deux chorégraphes, il s'agit
de trouver comment présenter une danse créatrice, non seulement d'images
mais pleine de sens, accessibles à tous et pour tous, en partant des pas traditionnels
et d'une gestuelle africaine. Et surtout, comment faire fructifier cette rencontre,
qui est en elle-même un bouillonnement d'idées, pour lui donner une raison de
grandir et une chance d'affirmer une foi commune en une danse africaine appelée
à s'ouvrir et à se forger une dynamique, à l'opposé de l'immobilisme qu'on lui
reproche. |